Depuis un mois, nous faisons le tour des artistes qui ont marqué leur nom suite au festival de Woodstock. Comment ne pas faire une standing ovation à Monsieur James Marshall Hendrix alias Jimi Hendrix. Il porte dans son nom d’origine la plus grande marque d’ampli de guitare du monde et c’est d’ailleurs sur 3 Marshall branchées en série qu’il va faire quasiment tous ses concerts.
Jimi Hendrix est déjà un « guitar hero » depuis plusieurs années. Il arrive à Woodstock avec le statut du plus grand guitariste du monde et une image de fou furieux tendance psychédélique qu’il s’est forgée depuis le début des années 60. A noter qu’il fait les premières parties de Johnny Halliday en France sur 4 ou 5 dates et fini à l’Olympia en 1966. Cette même année, il est le guitariste de Little Richard qui trouve que Jimi lui fait de l’ombre. Il décide de s’en séparer... Hallucinant.
Jimi Hendrix est une sorte d’ovni dans le paysage de l’époque. Jusque-là, les guitares sont propres, jouées à l’ancienne. Il va bouleverser la donne en exploitant à fond toutes les possibilités de l’électrique et du studio. A l’époque Jimi vit au Greenwich Village à New-York et pour prendre l’ampleur du propos il vous suffit de lire ce que déclare Monsieur Mike Bloomfield :
« La première fois que j'ai vu Jimi jouer, c'était avec Jimmy James & The Blue Flames. Je jouais avec Paul Butterfield et je pensais être le meilleur guitariste du coin ! Je n'avais jamais entendu parler d'Hendrix. Alors quelqu'un m'a dit : "Tu devrais aller écouter le guitariste de John Hammond." J'étais au "Cafe au Go Go" et il était au "Nite Owl" ou au "Cafe Wha", j'ai traversé la rue et je l'ai vu. Hendrix savait qui j'étais, et ce jour-là, en face de moi, il m'a désintégré. Des bombes H dégringolaient, des missiles téléguidés volaient dans tous les coins - je ne te raconte pas les sons qui sortaient de sa guitare. Tous les sons que je devais l'entendre reproduire plus tard, il les a faits, dans cette pièce, avec une Strat, un Twin, une Maestro Fuzz-Tone, et c'est tout - il jouait à un volume très poussé. »
Jimi Hendrix va saisir une opportunité de partir pour l’Angleterre, berceau de la pop/rock mais surtout patrie d’un certain Eric Clapton qui depuis son passage chez John Mayall est considéré comme le plus grand guitariste de blues. Le 1er octobre 1966 au London Politechnic, les Cream font un concert et Clapton accepte que Jimi Hendrix les rejoignent sur scène pour s’amuser et là...
« Il a joué de la guitare avec les dents, derrière la tête, allongé par terre, en faisant le grand écart et d'autres figures. C'était stupéfiant et génial musicalement, pas uniquement un vrai feu d'artifice à contempler. (...) Je pris peur, car, juste au moment où on commençait à trouver notre vitesse de croisière, voilà qu'arrivait un vrai génie. » dixit Monsieur Eric Clapton.
Le mythe de Jimi est en route. il crée le Jimi Hendrix Expérience et sort dans la foulée le single Hey Joe le 16 décembre 1966. Suivra Purple Haze qu’il compose le 26 décembre 1966 dans les coulisses d’un club. Le 5 mai 1967 sort le premier album... Une véritable bombe, et comme avec Jimi tout va très vite, le 4 juin 1967, Hendrix interprète au Saville Theatre de Londres une version du morceau titre de Sgt Pepper's Lonely Hearts Club Band, le nouvel album des Beatles publié seulement trois jours auparavant. Paul McCartney et George Harrison, présents sont carrément impressionnés par la performance. Jimi Hendrix a toutes les audaces et ça paye.
Purple Haze en live au festival de Woodstock
Sa performance du 17 juin 1967 au Monterey International Pop Festival, sur une invitation des Beatles est historique. Du coup, Jimi explose aux Etats-Unis et devient culte. Il aura fallu au plus grand guitariste de tous les temps un passage en Angleterre pour se faire connaître aux USA.
De 1967 à 1969, il marque l’histoire de la pop, du blues et du rock. Il innove, invente et transforme la musique. Il plonge dans l’alcool et la drogue, se fait attraper à la frontière canadienne et condamner pour détention et usage de stupéfiants mais rien n’arrête son ascension.
C’est donc en tête d’affiche qu’il est invité à Woodstock et les organisateurs lui demande de clôturer le festival. Il faut savoir que le festival a carrément pris 24h de retard et c’est au matin du 18 août 1969 que Jimi Hendrix entre sur scène devant un public clairsemé. Sans le film, sa performance serait d’ailleurs passée inaperçu. Ouf, merci la caméra même si au vue des images, le technicien devait sacrément être à l’ouest.
Jimi Hendrix fut IMPERIAL. Il passa en revue tout son savoir-faire et s’attaqua à l’hymne américain en le déstructurant totalement. A coup de Wha-Wha, de distorse et de larsen, il exprima une condamnation féroce de la guerre du Viêtnam pour finir sur plusieurs minutes d’impro harmonique comme lui seul en avait le secret.
L'hymne national américain (the Star-spangled banner) à la sauce destroy de Jimi Hendrix
Il est vrai qu’à Woodstock le groupe n’est pas toujours en place et que Jimi porte le tout à bout de guitare malgré une fatigue certaine. Cependant, ce que Jimi Hendrix fit là-bas marqua la musique à jamais. Depuis, pas un groupe, pas un musicien et surtout pas un guitariste ne s’inspire de son génie. Il jouait sur du matériel disponible dans n’importa quel magasin de musique : Stratocaster, Marshall, un fuzz Face et une Cry Baby. Il nous a appris à contrôler un feedback en temps réel grâce au vibrato et fait comprendre l’interêt de la Wha-Wha.
Il était né à Seattle en 1942, il meurt à Londres le 18 septembre 1970 en nous laissant un héritage musical inépuisable ainsi qu’une source d’inspiration inestimable.
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